Préambule

 

 

Ma mère se nommait Germaine LOREE et il n’est pas impossible que ce patronyme, en l’orthographiant avec l’apostrophe tel qu’il est avéré dans les archives , soit à l’origine de ma démarche artistique.

 

« L’orée », c’est la lisière, la limite, la frontière, l’entre-deux… Et c’est dans cette faille étroite, cette brèche bienheureuse ou désolante, que je crée. Ce vide, cette absence, ce désir, cette attente conditionnent la venue au monde d’un être neuf : l’œuvre.

 

Pour dire autrement les choses, je travaille l’ambiguïté, afin que le spectateur soit leurré ou, à tout le moins, qu’il se pose des questions…

 

Il se demandera, par exemple, quels matériaux j’emploie…Il pourra se demander aussi si mes œuvres sont du domaine de « l’art pur » ou de la décoration…Si je suis un « véritable artiste » ou un simple artisan…Il essaiera de découvrir où finit l’œuvre et où commence le cadre…Il pourra même aller jusqu’à se poser des questions sur mon statut : peintre ? plasticien ? écrivain ? Et il  n’aura pas tort car, après tout, je peins (je peins ?) sans doute parce que je ne sais pas écrire…A moins que ce ne soit le contraire : j’écris  (j’écris ?)  parce que je ne sais pas peindre…Vaines questions au fond, car toute œuvre d’art est écriture qui renvoie, plus qu’à la nature, aux écritures dont on a perdu la clef (ou aux futures dont on ne possède pas encore le code),  à de réels répertoires de signes dont se sont détachées toute intention et toute signification.

 

L’écriture manuscrite disparaissant progressivement de nos habitudes quotidiennes au profit du traitement de texte, du clavier et de réalisations scripturales entièrement médiatisées par les machines, l’épure du peintre restera peut-être bientôt le seul espace d’accomplissement des anciens gestes d’écriture, un espace de pure jouissance graphique et de performance de la main aux confins du lisible et du visible, où se retrouverait un sens sacré du signe, sorte de nouveau hiéroglyphe porteur de mémoire de l’ancien monde et d’une mémoire pour demain.

 

Quant au thème des « origines », auquel je fais si souvent allusion, il faut bien comprendre qu’il s’agit là d’une quête sans espoir mais nécessaire…Comme tout le monde, je suis au milieu du gué, entre deux rives…En quête…

 suis au milieu